Saison 1
 :: Chronologie & Intrigues

Valdemàr Osgéír

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Scénariste
Jeu 3 Sep - 20:06

Episode 1 - Entente forcée
1ère Partie



Alors que la réunion faisait rage...

« Jamais je l'abandonnerais ! Qu'est-ce que tu ouvres ta gueule poufiasse, t'as eu des couilles quand tu t'es pointée seule comme une merde traînée dans la boue ?! Tu l'as lâché comme cette pétasse de Melody bonne qu'à donner son cul à ce tocard de Seth et à chialer ! VA TE  FAIRE FOUTRE !! » Rugit Ricky Jefferson.

Il avait littéralement hurlé et avait brusquement avancé sur la petite Ivy Lockhart en la repoussant violemment en arrière, l'envoyant au sol de toutes ses forces.

« RICKY ! » Lança Calvin Hill, le stupéfait cow-boy, tandis que Clark Blackcorn se redressait, effrayé par ce qui arrivait, lui qui était plus proche de ses machines.

Les yeux qui observaient le groupe depuis la forêt, n'avaient rien raté de la scène, car s'il n'avait pas le son, l'image lui apparaissait très nette dans le viseur de son arme de précision. Le bruissement des feuilles, dû à un petit animal, ne le perturbait pas, pas plus qu'un râle qui cette fois ne s'apparentait guère à un animal, en un écho presque lointain. Il n'avait pas peur de ce qui pourrait le surprendre, il avait cessé d'être sur le qui-vive, car ce qui accaparait son esprit alors était tout autre, ses craintes à vif, ailleurs. Ses mèches brunes en nombre tombaient devant son visage, voilant un oeil fermé frappé par un coquard, sans gêner l'autre qui était accroché à la lunette, lèvres closes - dont l'inférieur était blessée et le corps statique. La prise de ses mains - aux poignets marqués par des bleus - sur son arme ne souffrait d'aucune hésitation, ferme, assurée, envieuse d'en faire usage.
Sa mâchoire se crispa et son index près de la détente était venu l'effleurer lorsque le jeune Ricky avait bousculé la petite Ivy, achevant son élan de rage et provoquant un début d'altercation avec cette fille métisse aux dreadlocks qu'il ne reconnaissait pas, suivie de près par James - l'étrange médecin - mis en avant, puis contenue par le "costard-cravate" Samuel au moment où Calvin montait au créneau pour confronter la fille. Mais ce fut l'arme peu après pointée par Ivy sur Ricky qui fit grimper son appréhension, la réaction de Clark qui menaçait Ivy de sa propre arme, puis de Melody menaçant Clark de l'arbalète, n'y arrangeait pas. Il décala son canon de quelques centimètres pour le pointer sur Ivy et n'eut qu'à attendre, patientant jusqu'à que ce Samuel intervienne et force la fin des menaces. Finalement les choses se calmèrent. Pourtant la colère qui grondait en l'homme au fusil de précision, depuis bien avant qu'il n’atteigne le camp Jefferson, n'avait pas diminué. Il était dissimulé presque à l'orée de la forêt, allongé sur le talus, bras, tête et arme surélevés sur la route afin de les avoir dans sa ligne de mire.  

Le cow-boy reprit, Clark restait en arrière, Ricky était éloigné par James, dégageant l'angle de tir et les risques pour le jeune homme. Ces deux-ci discutaient, vraisemblablement amicalement à une quinzaine de mètres, Elizabeth prenait Ivy à part, la métisse s'allongeait un peu plus loin, Calvin était maintenant pratiquement de dos, Samuel à sa gauche, Melody était assise hors du champ. Il n'y avait plus d'obstacle, le moment était venu. Le manque de lumière n'était pas un problème pour lui, pas plus que les nuages qui couvraient le ciel. Son inspiration fut brève, sa certitude entière et ses dents se resserrèrent alors que sa longue attente était arrivée à son terme. Il replaça l'index contre la détente du fusil, bloqua son souffle, puis le coup de feu parti, déchirant le silence de cette soirée d'hiver. Hurlant dans la vallée de cette plaine sans vie en dehors du groupe, la balle brisa le cocon protecteur des survivants du motel, fusant d'une rapidité féroce.

Il vit le torse du cow-boy se percer brutalement, l'éclat de sang jaillir sur les vêtements et le visage de Samuel dans un sursaut de surprise, tandis que Ricky et James avaient commencé à revenir vers eux et se figeaient, puis sa cible s'effondra en avant et s'écrasa sur le sol sablé. Il ne tira pas de nouveau coup, il n'en avait pas le besoin. Ce qu'il voulait, c'était voir, analyser, assister à la réaction de chacun de ces individus. Il voulait savoir. La lunette se déplaçant lentement, il suivit Ivy et Samuel se ruer sur un Calvin à l'agonie, talonnés par Elizabeth, qui désigna la direction du tir, sa direction. La métisse s'orientait immédiatement vers les ruines, James poussant Ricky à terre avant de l'envoyer vers les ruines pour ensuite aller chercher Clark, tous sous l'adrénaline de Melody veillant à leur évacuation. Quand ils eurent tous disparu à l'abris des ruines, il redressa son visage, ouvrant un oeil sombre et libérant l'autre pour marquer un temps. Il avait eu des réponses, certaines et son acte, aussi cruel avait-il été, n'avait pas suffit à éteindre sa colère.

Il lâcha un soupire amer et recula sur le talus, disparaissant sous la route, puis se retourna sur l'herbe et se releva face à la forêt. Il se ferma, froid, n'affichait plus aucune émotion, aucune satisfaction, rien qu'un regard acéré qui n'était destiné à personne et au monde entier à la fois. Le bruissement des feuilles se fit entendre à nouveau et s'allia au même râle qu'il avait déjà perçu, laissant sortir de l'abris naturel un rôdeur au menton dégoulinant de sang sans doute frais, son appétit pourtant toujours aussi insatiable. Le tireur le scruta approcher sans reculer, sans le craindre. Saisissant la bandoulière du fusil pour le porter en sac sur l'épaule, il avança sans faire de détour, droit vers la forêt, droit vers le mangeur de chair qui ne levait qu'un bras désireux à son attention, l'autre probablement trop endommagé. Attendant le dernier moment, si tant est qu'il ai attendu ou prévu quoi que ce soit, il passa la main à sa ceinture, sous sa veste de cuir sans manches et tira un couteau de chasse de son fourreau, l'envoyant presque aussitôt dans l'oeil du rôdeur en passant à coté, dominant l'allonge du bras décharné par son mouvement. Il retira la lame au bruit du crâne perforé, laissa la créature achevée s'effondrer à son tour, essuya le couteau sur elle puis le rangea. Enfin, il saisit son mollet et la tira dans la forêt, dans laquelle il s'enfonça.

Ce n'est qu'au bout d'une trentaine de mètres qu'il la lâcha, sans freiner sa marche au pas de fer, continuant de s'éloigner du lieu de son méfait. Il gardait le silence, ne contacta personne, ne pensa à rien, rien d'autre qu'à la vision de l'homme au chapeau tombant pour mourir, au bruit strident du tir mortel, aux visages de ces hommes et femmes qui y avaient assisté, à celui de son parent. Une dizaine de minutes défilèrent, l'homme ayant dévié sa route, jusqu'à atteindre une clairière. Là, appuyé contre un arbre à son entrée, un autre homme semblait patienter. Son visage partiellement voilé par une épaisse capuche rattachée à son sweat de cuir brun se releva vers le tireur qui arrivait face à lui.

« Tu as mis du temps. Qu'est-il arrivé à notre ami ? » Dit l'homme encapuchonné à la voix grave et harmonieuse en le suivant des yeux.

Le premier homme avait poursuivi son avancée et passa à deux pas du second sans lui jeter le moindre regard, toujours enfermé dans son amertume et sa froideur, pour pénétrer la clairière.

« Il est entré dans la lumière, d'une balle dans la poitrine. » Répondit-il de sa voix rauque et tranchante.

« Matthew. »

Son nom prononcé par son acolyte, dont le ton marquait la proximité et la tristesse, fit s'arrêter l'aîné Jefferson dans sa marche élancée.

« Tu as fait ce que tu devais faire. »

Le chasseur et tireur ne bougea pas autrement qu'en tournant la tête de coté, s'adressant à l'homme encapuchonné sans souhaiter croiser son regard. Un temps marqué, pour répondre d'une évidence :

« Non, je ne le devais pas, je l'ai voulu. Tout comme toi. »

Valdemàr Osgéír

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Scénariste
Mar 5 Avr - 22:27

Episode 1 - Et confrontation inévitable
2ère Partie



Extérieur de Snyder. 17 Janvier 2035, 5h53.
Quelques heures après la Quête de Moyens.



La nuit était froide, comme toutes les nuits de ce premier hiver depuis la fin du monde. Cet homme, grand d'un bon mètre quatre-vingts dix pour quatre-vingts douze kilos, se tenait dans la cour du complexe militaire, vêtu d'un jean sobre et d'un haut gris en laine surmonté d'un gilet pare-balles solidement attaché à son buste. D'une main, il soutenait son fusil d'assaut dont la bandoulière passait à son épaule et en réalité tenait bien assez d'elle-même l'arme mais son porteur trouvait une sécurité à garder la main dessus, l'autre récupérant la cigarette d'entre ses lèvres gercées d'où une volute de fumée épaisse et longue sortait. Il avait laissé son regard courir sur le camp, le portant de part et d'autre avec une nervosité bien présente, sentant un malaise particulièrement lourd à se trouver ici, en pleine nuit.

Et l'état de cet endroit justifiait à lui seul toutes les craintes de cet homme, bien que la nuit inquiétante y tenait un rôle de choix.

Le campement militaire installé dans la zone durant l'épidémie, se découpait dans l'horizon à travers une cage de métal, faite d'un grillage qui courait sur tout le périmètre et ne semblait plus tenir convenablement sa fonction principale puisqu'il était éventré de plusieurs parts en grand. A l'origine, il englobait également le bâtiment qui fut jadis celui d'une école. Ce détail avait, semble-t-il, son importance car il était tout à fait perceptible sur toutes les fenêtres, ou quasiment, puisque l'on y retrouvait des dessins enfantins scotchés maladroitement, visibles par transparence, égayant de couleurs riantes une façade sale et morose, où se découpaient par moments quelques éclaboussures de sang, des impacts de balle.  
Voire même, des pans de murs complètement effondrés, dégâts provoqués par des explosions dignes d'obus de char. Ces couleurs, rouge, jaune, bleu, vert, n'avaient alors plus le même impact dans ce chaos sanglant, attisant davantage la douleur de penser que dans l'histoire, des enfants autrefois jouant joyeusement dans cette cour de récréation, aient vu cet attirail de guerre débarquer et la mort les prendre. L'homme, bénéficiant d'une visibilité très relative, voyait tout de même ces papiers carrés recouvrir le premier étage et un frisson le parcourut, dû aux pensées de ce qui avait pu se passer ou au froid, difficile de le dire.

Le campement lui, dans l'enceinte du grillage, comportait une série de tentes militaires dont certaines s'étaient défaites sur le sol tandis que d'autres étaient percées de trous de balles à foison, probablement à l'origine assez grandes pour servir de dortoirs pour plusieurs dizaines de personnes, mais aussi pour assurer un hôpital de fortune, recueillant les blessés, voire même à but de servir de tente de commandement des opérations, ou encore d'armurerie.  

Un hélicoptère couché sur le flanc, les pales brisées par un quelconque événement, résidait en carcasse noire, témoin d'un grand feu qui en avait rongé la ferraille. Des tonnes de détritus jonchaient le sol, dont une immense partie de sacs de couchage qui avaient dû appartenir à des civils qui y avaient sans doute trouvé refuge auprès de ceux qui s'étaient garantis comme leurs protecteurs venus à leur secours, offrant soin, protection et nourriture. Une lignée, un peu plus loin, de sacs presque semblables qui n'étaient pas vides. Des sacs mortuaires, sans nul doute, qui n'avaient pas eu le temps d'être brûlés. Plusieurs étaient éventrés et vidés, deux autres déchirés également mais contenant encore la dépouille de deux rôdeurs, l'un la tête explosée, l'autre devant probablement avoir la sienne creusée puisqu'il était inerte. Tous les sacs ou presque se voyaient criblés de balles.

Dans ce campement régnait le chaos et l'aura harassante de la mort et de la terreur, véritable cimetière de cette folie apocalyptique. Il y avait des corps et des corps. Peut-être une vingtaine, peut-être plus, étalés sur le sol un peu partout de chaque coté des tentes et contre celles tombées. Si nombre étaient d'anciens humains adultes, d'autres étaient d'anciens enfants d'un âge parfois trop jeune, que la mort avait happés bien trop tôt d'une des plus horribles façons. Plus il regardait ce décor horrifique, plus il se sentait mal à l'aise et quand plusieurs coups de feu éclatèrent à l'intérieur du bâtiment, il sursauta de sa position en lâchant sa cigarette qui s'écrasait sur sa chaussure pour rouler ensuite jusqu'au sol, l'homme crachant un « bon sang » à la fois irrité et stupéfait, s'empressant ensuite de saisir son talkie-walkie accroché à sa ceinture avant de gronder :

« Mais qu'est-ce que vous foutez ? Vous les avez toujours pas trouvé ? »

La radio portative s'enclencha quelques instants après en laissant nettement entendre une autre voix masculine, plus grave, répondre.

« On est tombé sur des bouffeurs, ces saloperies nous ont surpris dans une classe. Il y avait même une gamine avec la gueule dévissé du reste, c'est dégueulasse... »

« Ces types, vous allez vous décider à les trouver ou je dois venir vous mettre mon pied au cul pour que vous vous magniez ? » Répliquait-il presque instantanément après avoir enclenché la radio.

« On les cherche, ils ont dû trouver une bonne planque. » Rétorqua le récepteur.

« Le boss va bientôt arriver, je lui dis quoi ? Qu'à cinq vous avez pas réussi à trouver deux types dans un putain de bâtiment scolaire en trois heures ? »

« Il fait nuit, il y a des dizaines de salles de classe et les couloirs sont grands, sans parler des bureaux du rez-de-chaussé, on a mis une demie-heure pour fouiller ce coin, tout est retourné ici, c'est un vrai bordel, l'avancée est laborieuse. »

« Laborieuse... je vous en foutrais du labeur. Dépêchez-vous avant qu'il arrive, j'ai pas envie de devoir expliquer à Soulstrange qu'on a pas pas réussi à choper un seul de ces types ! Je préfère encore rester ici avec les bouffeurs que de finir dans son caveau. »

« Scott et Turner sont restés en bas pour continuer à chercher et empêcher une éventuelle sortie, on s'occupe des étages. On va les trouver, même si je me demande pourquoi on insiste pour ces clowns, on a eu la blondasse muette, ça suffit pas ? »

« Cette fille c'est qu'une emmerdeuse et l'un de ces types, celui avec l'arbalète, je suis sûr que c'est celui sur qui le big boss veut mettre la main, Jefferson, j'ai reconnu sa gueule. Quant à l'autre c'est un de ces dégénérés et le big boss aime quand on lui en apporte. Si on revient à la base avec trois prises comme ça, c'est la promotion assurée. Tu veux rester un larbin ou tu veux grimper les échelons ? »

« Tu rigoles ? J'en ai marre de faire le sale boulot et de crapahuter en plein milieu de la nuit, j'aimerais bien pouvoir me faire mon harem moi aussi et me gratter les burnes devant... »

« Alors grouille. » Coupa l'homme sèchement.

« Ok ok, on s'active. » Rétorqua le second au bout de la transmission.

Grinçant des dents en lâchant une expiration rauque et énervée, l'homme coupa son talkie-walkie en marmonnant des injures entre ses dents, dont un entendu « connard », puis rangea l'outil de communication à son emplacement initial, ramassant sa cigarette au sol d'une main en jetant un nouveau regard plein d'appréhension autour de lui, puis se mit à faire des allers-retours lents et avec attention jusqu'au grillage, laissant au final sa cigarette tenue par ses lèvres tout en saisissant son arme à pleine poigne. Le temps passa et il fut long, très long. Dix minutes, vingt, quarante puis cinquante cinq... il arriva à une heure complète sans nouvelles de ceux présents dans la bâtisse et à ce moment là, il ne surveillait plus rien, faisant les cent pas rapidement des tentes à vingt mètres sur le coté en jetant des regards colériques et bien au-delà de l'impatience vers le bâtiment. Il se jurait de les abattre jusqu'au dernier s'ils ne se faisaient pas connaître dans les cinq minutes.

Un cri survint, un cri d'effroi et de douleur qui cassa littéralement le silence de ces lieux et fit sursauter l'homme dont la cigarette, énième allumée depuis son échange radio, tomba encore une fois au sol avec légèreté, un contraste au reste de ce qui se déroulait. Il braqua son arme vers l'endroit d'où était venu le cri, au milieu des tentes et son cœur se mit à battre fort, très fort. Cette voix perçue avait été celle d'un homme et le ton, malgré la déchirure de ses cordes face à ce qu'il avait dû subir, lui rappela assez vite l'un de ses acolytes par son manque de gravité en comparaison des autres et qui fut évident dans son hurlement.

« Turner ? » Appela t-il d'une voix forte presque malgré lui. « Turner c'est toi ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Turner ? Réponds merde ! »

Et bien sûr aucune réponse ne vint, rendant son injonction idiote sur le moment mais il s'était adressé à lui sans penser, ou en souhaitant ne pas croire, qu'il ne puisse pas répondre. Tout était de nouveau silencieux, il écouta en avançant lentement vers les tentes, le doigt sur la détente, scrutant avec une attention et une appréhension de tous les instants, quand un nouveau cri, cette même voix à peine perceptible en revanche car étouffée par quelque chose qu'il ne comprenait pas, l'interpella et ce coup-ci, il ne réfléchit pas plus et se mit à courir en passant entre les tentes, se faufilant au-delà de deux de plus avant de braquer son arme à gauche puis à droite et ce fut son erreur, qui n'aurait probablement rien changé à la conclusion pour autant. Il n'eut pas le temps de voir ce qui l'avait frappé en plein visage, faisant jaillir du sang de son nez qui venait de se briser à l'impact et dont la peau se déchira aussitôt, tout son crâne vibrant avec intensité.

Emporté par un torrent de douleur, il lâcha son arme qui trouva sa place sous son buste, retenue par la bandoulière et s'écroula au sol en arrière, son dos percutant d'abord le sol, puis sa tête, provoquant un double-choc dont la brutalité fut moindre - si l'on pouvait le considérer ainsi - mais le cumul ajoutant à la souffrance qui parcourait l'ensemble de son crâne et de son visage, le laissant à moitié K.O. Ses mains tentèrent maladroitement de soutenir son visage défiguré par cet unique et d'une extrême violence coup, ses pensées se tordirent dans l'incohérence et il resta désorienté. Il bascula sur le coté et malgré que sa vision fut floue et incertaine, il crut percevoir au sol son agresseur tomber après lui, révélant une arbalète pleine de sang et derrière celle-ci, le corps peu bâti et le crâne rasé de Turner, celui-là même qu'il avait tenté de secourir, affalé sur le ventre et inerte, son regard venant dans sa direction déformé par la peur, le supplice et les coups reçus sans pitié, baignant dans une marre de sang qui grossissait à vue d’œil et qui semblait partir de sa gorge ouverte sur toute la longueur. Sans qu'il ne puisse essayer de se débattre, quelque chose, ou plutôt quelqu'un, l'agrippa par le gilet pare-balles et le hissa presque assis, lui parlant d'une voix grave et colérique dont il ne percevait qu'un écho d'abord inintelligible, avant de mieux en distinguer les mots après quelques instants.

« Réponds ! Où est la fille muette ? Où vous l'avez emmené ?! » Rugissait-il en le secouant, mais il avait l'impression que sa bouche avait été explosée avec le reste et que jusqu'à la moindre de ses forces s'était envolée. Il n'était plus qu'une poupée docile entre les mains de cet homme dont les yeux sombres étaient voilés de longues mèches brunes et son regard, était celui d'un animal. « Tes hommes sont morts, il n'y a plus personne pour te sauver la mise. Dis-moi où elle est ou je te découpe le visage en morceaux et je t'arrache les yeux pour te les faire manger avant de te donner en festin aux rôdeurs. »

La mort, il l’apercevait à présent, proche, inéluctable, tout comme le couteau dont il voyait l'épaisse et dentelée lame dépasser dans son champ de vision, tenue dans une des mains qui l'agrippaient. Cependant, il se sentit retomber sur le sol quand l'homme le relâcha, ainsi que sa vision défaillir de plus en plus et son esprit s'éloigner de son corps, mais il perçut tout de même la silhouette de son agresseur qui s'était redressée subitement et retournée vers quelqu'un, ou quelque chose, avec l'intention de porter le poing et la lame, puis un nuage gris le recouvrit de façon plus soudaine encore et quand il fut dissipé après de courts instants, l'homme tombait à genoux, son corps dont les bras très musclés étaient visibles en l'absence de manches à sa veste de cuir, pris de sévères crispations illustrant une tentative de lutter avec quelque chose d'invisible, avant qu'il ne s'effondre à son tour sur le dos au sol, le couteau échappant de ses mains alors qu'il était pratiquement figé, mêlant de légères et incontrôlées convulsions. Lui-même qui assistait à la scène avait tenté de se remettre sur le coté en vain et finit par avoir de plus en plus de mal à percevoir ce qui l'entourait, si ce n'est sa respiration qui résonnait davantage dans son être.

Luttant pour ne pas sombrer, il vit une autre silhouette s'avancer au-dessus de son agresseur neutralisé, statufié et ce qu'il en distinguait lui frappait le peu d'esprit encore intact car cette silhouette, il la connaissait et la redoutait profondément : grande, imposante, couverte d'une épaisse et longue veste de cuir brun qui en cachait ses pieds de profil, son col plus épais encore d'une fourrure grisâtre. Son crâne, son visage, étaient imperceptibles, car ni cheveux ni peau ne s'observait, cachés par un masque à gaz d'excellente facture surmonté d'un casque digne des fantassins de la seconde guerre mondiale d'il y a des décennies. D'une marche lente et sereine, il avança au-dessus de l'agresseur et se mit de face, dévoilant des bottes plus massives que de vulgaires rangers, aussi brunes que son accoutrement.

« Matthew Jefferson, l'homme-archer qui a donné tant de fil à retordre à notre organisation, tombé dans le piège de l'attachement et des sentiments sacrificiels pour finir maîtrisé comme un animal. » Sa voix était grave et rocailleuse, déformée par l’empreinte métallique de son masque à gaz. Elle vrombissait d'un certain écho, calme et glaciale, inhumaine. « Inutile d'essayer de lutter contre le sort, vous ne faites qu'accroître la douleur. Voyez comme la force et la colère sont impuissantes face à la glaciale et prévoyante ruse qui ne s'égare jamais, sentez le gaz se répandre dans votre corps et paralyser tous vos muscles, sans que vous ne puissiez rien y faire. Car c'est ainsi que l'être savant capture la bête, en l'attirant grâce à l'odeur de la chair et du sang, celui de votre amie, qui a refermé le piège et sa mâchoire sur vous. »

La silhouette dominatrice vint poser un genou à terre près de l'homme paralysé, penchant son visage masqué vers lui en amenant une main qui elle seule était sans apparat et témoignait de son humanité, faite d'une peau blanche qui vint caresser du dos la joue du captif, achevant ses paroles sur un ton plus doux et plus grave encore.

« Le plus grand don que Dieu, dans sa largesse, fit en créant, le plus conforme à sa bonté, celui auquel il accorde le plus de prix, fut la liberté de la volonté. Ma volonté vous a conduit à votre perte et à présent, vos protégés ne pourront plus se reposer sur la vôtre, une volonté qui vient de disparaître, en même temps que vos espoirs de survie. Ne reste alors que mienne pour décider de leur devenir et ce devenir sera peine et souffrance. Bienvenue en enfer. »

Sans que l'homme paralysé ne puisse répondre, il finit par retirer sa main de son visage et se redressa debout, une autre silhouette plus agitée arrivant à pas rapides près du maître du feu, laissant entendre une voix féminine ferme.

« Toute l'unité a été décimée par l'archer, il ne reste que celui-ci. Elle avait confirmé la présence d'un second homme, à priori blessé, devons-nous le récupérer ? »

« Non. » Rétorqua la voix rocailleuse. « Laissez cet homme, son heure n'est pas encore venue et l'on n'étouffe pas l'être qui tend à s'accomplir. Emmenez monsieur Jefferson et ramassez le survivant également, son dévouement mérite récompense autant que son échec punition. Il va vivre et souffrir, ainsi s'illustre ma magnanimité. Que l'on apporte les créatures pour l'accueil des sauveteurs qui viendront bientôt et laissez deux hommes sur place pour qu'ils ne se chargent du ressuscité blessé qu'à l'arrivée des autres, cet acte n'est pas encore achevé. »

Celui qui assistait à la scène dans une semi-inconscience, lâchant une expiration à l'écoute de son sort, finit par abandonner toute résistance et se laissa sombrer dans les ténèbres, d'où il souhaiterait ne jamais se revenir.

Peu de temps après, viendra une nouvelle Quête de Survivants.
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